La lutte contre le dérèglement climatique impose une transformation profonde du parc immobilier français. Au cœur de cette transition, les copropriétés qualifiées de passoires thermiques font l’objet d’une attention réglementaire accrue. Pour les millions de copropriétaires concernés, comprendre les nouvelles obligations est devenu un enjeu majeur, mêlant impératifs légaux, contraintes financières et nécessité d’agir collectivement pour valoriser leur patrimoine et améliorer le confort des occupants.
Comprendre le concept de passoire thermique en copropriété
Définition et classification selon le DPE
Une passoire thermique est un logement qui consomme une quantité excessive d’énergie pour le chauffage, la climatisation ou la production d’eau chaude sanitaire. Cette performance est officiellement mesurée par le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), un document qui classe les bâtiments sur une échelle de A (très performant) à G (très énergivore). Les logements classés F ou G sont considérés comme des passoires thermiques. Ce diagnostic, valable dix ans, est obligatoire lors de la vente ou de la location d’un bien.
| Classe DPE | Consommation d’énergie primaire (kWh/m²/an) | Niveau de performance |
|---|---|---|
| A | Inférieure à 70 | Extrêmement performant |
| B | De 71 à 110 | Très performant |
| C | De 111 à 180 | Assez performant |
| D | De 181 à 250 | Peu performant |
| E | De 251 à 330 | Très peu performant |
| F | De 331 à 420 | Énergivore |
| G | Supérieure à 420 | Extrêmement énergivore |
Les spécificités de la copropriété
En copropriété, la problématique est plus complexe car elle touche à la fois aux parties privatives (l’intérieur de chaque appartement) et aux parties communes (façades, toiture, système de chauffage collectif, etc.). Une rénovation énergétique efficace implique souvent des travaux sur ces parties communes, nécessitant une décision collective prise en assemblée générale des copropriétaires. La coordination, le financement et l’accord de tous les propriétaires représentent des défis majeurs, ralentissant parfois la mise en œuvre des projets de rénovation indispensables.
Ces défis collectifs sont encadrés par un cadre légal de plus en plus strict, qui impose désormais des devoirs précis à l’ensemble des copropriétaires pour sortir leurs immeubles de la précarité énergétique.
Obligations légales pour les copropriétaires
Le cadre de la loi Climat et Résilience
La loi n°2021-1104 du 22 août 2021, dite loi Climat et Résilience, constitue le pilier de la nouvelle réglementation. Elle impose un calendrier ambitieux pour éradiquer les passoires thermiques. Pour les copropriétés, cela se traduit par plusieurs obligations structurantes visant à planifier et à engager des travaux de rénovation énergétique. L’objectif est de s’assurer que l’ensemble du parc immobilier atteigne une performance énergétique acceptable à moyen terme.
Le Projet de Plan Pluriannuel de Travaux (PPPT)
Pour les copropriétés de plus de quinze ans, la loi rend obligatoire l’élaboration d’un Projet de Plan Pluriannuel de Travaux (PPPT). Ce document stratégique, réalisé sur la base d’une analyse du bâti et d’un DPE collectif, doit :
- Lister les travaux nécessaires à la sauvegarde de l’immeuble, à la préservation de la santé et de la sécurité des occupants.
- Identifier les travaux permettant de réaliser des économies d’énergie.
- Estimer le coût de ces travaux et proposer un échéancier sur dix ans.
Le PPPT doit ensuite être présenté en assemblée générale. Si le plan de travaux est adopté, un fonds de travaux spécifique doit être abondé annuellement par les copropriétaires pour financer les rénovations programmées.
L’obligation d’information des acquéreurs et locataires
La transparence est une autre exigence clé. Depuis le 1er janvier 2022, toute annonce immobilière de vente ou de location doit mentionner la classe énergétique et la classe climat du logement. Pour les biens classés F ou G, l’annonce doit explicitement porter la mention « Logement à consommation énergétique excessive ». De plus, lors de la vente, un audit énergétique réglementaire doit être fourni à l’acquéreur, détaillant les travaux à réaliser pour améliorer la performance du bien.
Cette obligation de transparence prépare le terrain pour des mesures plus coercitives, notamment l’interdiction progressive de mettre en location les logements les plus énergivores.
Interdiction de location des logements énergivores

Un calendrier d’interdiction progressif
Le législateur a mis en place un calendrier strict pour retirer progressivement les passoires thermiques du marché locatif. Cette mesure vise à protéger les locataires de la précarité énergétique et à inciter fortement les propriétaires bailleurs à rénover leurs biens. Le critère de « décence » d’un logement inclut désormais un seuil minimal de performance énergétique.
| Date d’effet | Classe DPE concernée | Conséquence |
|---|---|---|
| 1er janvier 2023 | Partie la plus énergivore de la classe G | Interdiction de location (logements consommant plus de 450 kWh/m²/an) |
| 1er janvier 2025 | Ensemble de la classe G | Interdiction de location |
| 1er janvier 2028 | Ensemble de la classe F | Interdiction de location |
| 1er janvier 2034 | Ensemble de la classe E | Interdiction de location |
Les conséquences pour les propriétaires bailleurs
Pour un copropriétaire bailleur, l’interdiction de location signifie une perte totale de revenus locatifs si les travaux nécessaires ne sont pas réalisés à temps. Il ne sera plus possible de signer un nouveau bail ou de renouveler un bail existant pour un logement jugé indécent sur le plan énergétique. Cette situation crée une pression financière considérable, car les travaux de rénovation, même s’ils sont réalisés uniquement dans la partie privative, peuvent être coûteux. L’anticipation et la planification des travaux deviennent donc essentielles pour maintenir la rentabilité de l’investissement locatif.
Face à l’ampleur des travaux potentiels, la première étape pour une copropriété est souvent de réaliser un état des lieux précis de sa performance globale grâce à un audit énergétique.
La conduite de l’audit énergétique en copropriété
La différence entre DPE et audit énergétique
Si le DPE est une « photographie » de la performance énergétique, l’audit énergétique est un véritable « bilan de santé » complet. Il va beaucoup plus loin en analysant en détail l’enveloppe du bâtiment (murs, toiture, fenêtres), les systèmes de chauffage, de ventilation et de production d’eau chaude. Son objectif principal est de proposer plusieurs scénarios de travaux chiffrés et hiérarchisés, permettant d’atteindre une rénovation performante, souvent en plusieurs étapes.
L’obligation de réaliser un audit
L’audit énergétique est obligatoire pour certaines copropriétés, notamment :
- Les copropriétés de plus de 50 lots équipées d’un système de chauffage ou de refroidissement collectif.
- Les copropriétés qui demandent certaines aides financières importantes comme MaPrimeRénov’ Copropriété.
Même lorsqu’il n’est pas obligatoire, l’audit est fortement recommandé car il constitue l’outil le plus fiable pour orienter les décisions de l’assemblée générale et construire un plan de travaux cohérent et efficace.
Une fois les faiblesses identifiées, il est possible de mettre en place des solutions concrètes pour améliorer durablement la performance du bâtiment.
Les solutions pour améliorer l’efficacité énergétique
Les travaux collectifs sur les parties communes
L’approche la plus efficace pour une copropriété est de traiter les déperditions thermiques à la source, au niveau de l’enveloppe du bâtiment. Les travaux les plus courants et les plus performants concernent :
- L’isolation thermique par l’extérieur (ITE) : C’est la solution la plus complète, qui consiste à envelopper le bâtiment d’un « manteau » isolant.
- L’isolation de la toiture et des planchers bas : Des sources majeures de déperditions de chaleur.
- Le remplacement des menuiseries : L’installation de fenêtres à double ou triple vitrage dans les parties communes.
- La modernisation du système de chauffage collectif : Le passage à une chaudière à condensation, une pompe à chaleur ou un raccordement à un réseau de chaleur urbain.
Les aides financières pour les copropriétés
Pour accompagner les copropriétaires, l’État et les collectivités ont mis en place des dispositifs d’aide significatifs. Le principal est MaPrimeRénov’ Copropriété, une aide versée directement au syndicat des copropriétaires pour des travaux sur les parties communes garantissant un gain énergétique d’au moins 35 %. D’autres aides comme l’Éco-prêt à taux zéro (Éco-PTZ) ou les certificats d’économies d’énergie (CEE) peuvent compléter le financement. Ces aides sont essentielles pour rendre les projets de rénovation soutenables financièrement.
Les actions individuelles dans les logements
En complément des travaux collectifs, chaque occupant peut agir. Le remplacement des fenêtres privatives, l’isolation des murs donnant sur l’extérieur ou l’installation d’un système de régulation thermique performant sont des actions efficaces. L’utilisation d’un thermostat connecté, par exemple, permet de piloter le chauffage avec précision et de réaliser des économies substantielles sans sacrifier le confort.
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Ignorer ces obligations et ne pas engager les travaux nécessaires n’est pas une option viable, car le législateur a également prévu un arsenal de sanctions pour les récalcitrants.
Les sanctions encourues en cas de non-respect des obligations
Le gel des loyers et l’action en justice du locataire
Avant même l’interdiction de location, une première sanction est déjà en vigueur pour tous les logements classés F et G : le gel des loyers. Il est interdit d’augmenter le loyer entre deux locataires ou lors du renouvellement du bail. De plus, un locataire vivant dans un logement ne respectant pas les critères de décence énergétique pourra exiger du propriétaire la réalisation de travaux, et, en cas de refus, saisir la justice pour obtenir une réduction de loyer ou la suspension du bail.
La perte de valeur du patrimoine immobilier
Au-delà des sanctions directes, l’inaction a une conséquence économique majeure : la dépréciation du bien. La « valeur verte » d’un logement, c’est-à-dire l’impact de sa performance énergétique sur son prix, est de plus en plus significative. On estime qu’une passoire thermique peut subir une décote allant de 15 % à 25 % par rapport à un bien équivalent mais performant. Ne pas rénover, c’est donc accepter une perte de capital importante à moyen terme.
Les risques pour le syndicat des copropriétaires
Le syndic de copropriété a l’obligation d’inscrire à l’ordre du jour de l’assemblée générale les questions relatives au PPPT et à l’audit énergétique. Un manquement à cette obligation pourrait engager sa responsabilité. De même, un refus systématique de voter les travaux nécessaires par l’assemblée générale pourrait, à terme, placer la copropriété dans une situation de blocage et de dégradation avancée.
La rénovation énergétique des copropriétés n’est plus une simple option mais une obligation collective et individuelle incontournable. Face à un cadre réglementaire qui se durcit, les copropriétaires doivent s’organiser pour planifier, financer et réaliser les travaux nécessaires. C’est la condition pour se conformer à la loi, maîtriser les charges, améliorer le confort de vie et préserver la valeur de leur patrimoine immobilier dans un marché en pleine mutation.







